Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/94

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Quelque temps après, je dois dire qu’ayant raconté ces détails en Angleterre, chez sir Joseph Banks, la conduite de George Eyre fut sévèrement blâmée ; mais, lorsqu’on déjeune et dîne au son d’une musique harmonieuse, peut-on accorder son intérêt à un pauvre diable couché sur la paille et rongé de vermine, eût-il des manuscrits sous sa chemise ? Je puis ajouter que j’eus le malheur d’avoir affaire à un capitaine d’un caractère exceptionnel. Quelques jours plus tard, en effet, un nouveau vaisseau, le Colossus, étant arrivé en rade, et le capitaine norvégien Krog, quoiqu’il n’eût pas comme moi de passe-port de l’amirauté, s’étant adressé au commandant de ce nouveau bâtiment, fut immédiatement réclamé, et arraché à notre captivité.


XXVII.


Le bruit que j’étais un Espagnol transfuge et propriétaire du bâtiment s’accréditant de plus en plus, et cette position étant la plus dangereuse de toutes, je résolus d’en sortir. Je priai le commandant de la place, M. Alloy, de venir recevoir ma déclaration, et je lui annonçai que j’étais Français. Pour lui prouver la vérité de mes paroles, je l’invitai à faire venir Pablo Blanco, matelot embarqué sur le corsaire qui nous avait pris, et qui était depuis peu de temps rentré de sa croisière. Cela fut fait ainsi que je le désirais. En descendant sur la plage, Pablo Blanco, qui n’avait pas été prévenu, s’écria avec surprise : « Quoi ! vous, don Francisco, mêlé à tous ces mécréants ! » Ce matelot donna au gouverneur des ren-