Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/103

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Veut-on une preuve de plus, de l’influence des traditions locales ? Nous allons la fournir.

À ce sujet, on peut certainement ajouter aux observations de Moreau de Saint-Méry, sur les noirs de la partie du Nord, qu’il représente comme plus industrieux que ceux du reste de l’ancienne colonie, et mieux traités par les colons, que ces hommes participaient réellement de la sociabilité, de la politesse des blancs. Cela résultait aussi de ce que le Nord ayant été établi plus tôt que les deux autres provinces, la richesse des colons y étant plus grande, le commerce plus florissant, il s’ensuivit que les filles des planteurs furent recherchées en mariage, dans la métropole comme dans la colonie, par un grand nombre de nobles, chefs de ces familles considérables qui possédaient les plus belles propriétés de cette province. Le ton, les manières distinguées de ces nobles, leur luxe, leur politesse s’étendirent des maîtres aux esclaves, et furent encore plus imités par la classe plus éclairée des affranchis. De là ce ton, ces manières aristocratiques qu’on a toujours remarquées parmi les hommes du Nord, et qu’on a vues influer sur le gouvernement de Toussaint Louverture, sur celui de Henri Christophe surtout. Ces habitudes ont même exercé leur empire sur l’organisation de la révolte des esclaves du Nord, placés sous le commandement de Jean François et de Biassou. Ces deux chefs prirent des titres fastueux, se décorèrent de cordons, de croix de Saint-Louis, excités encore à ces étrangetés par les contrerévolutionnaires français et par les agens du gouvernement espagnol. Ogé acheta en France une croix de l’ordre de mérite du Lion de Limbourg, pour simuler celle des chevaliers de Saint-Louis.