Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/154

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les droits à l’égalité civile et politique pour ses frères et ses égaux, surtout après la mémorable séance de l’assemblée nationale où les titres de noblesse furent abolis en France. Cette vanité de sa part aurait pu avoir une fâcheuse influence parmi les siens, s’il avait eu le succès qu’il se promettait. Les principes de la révolution française, dont il poursuivait la réalisation à Saint-Domingue, étaient basés sur l’égalité des conditions parmi les hommes, c’est-à-dire sur la justice ; c’était cette précieuse égalité que les affranchis voulaient conquérir : il ne fallait donc pas la fausser au début de cette révolution sociale et politique.

Mais, si le lecteur se rappelle ce que nous avons dit, dans la première partie de cet ouvrage, sur les idées qui caractérisaient les hommes de la province du Nord, il trouvera dans ce fait que nous reprochons encore, à regret, à la mémoire de cet intrépide jeune homme, l’explication naturelle de cette erreur, de cette faiblesse. Ogé a eu cela de commun avec Jean François, Biassou et Toussaint Louverture, déterminés par les mêmes idées, à prendre des décorations de noblesse. Les mulâtres et les nègres libres de l’Ouest et du Sud se sont également insurgés contre les blancs ; mais on ne vit dominer parmi eux que les principes républicains, et ils n’adoptèrent que les grades militaires que comportent ces principes.

À part les deux reproches que nous faisons à Ogé et que nous croyons justes, on ne peut que louer sa conduite. Il s’est montré digne de sa mission, généreux et même chevaleresque dans ses procédés envers les vaincus qu’il a eus en son pouvoir, courageux dans son immortelle entreprise, brave sur le champ de bataille. Cédant au grand nombre de ses ennemis ; vaincu par la puis-