Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/166

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Dans la même année, cette hâtive postérité accomplit son vœu !

Leurs bourreaux avaient voulu qu’ils eussent la face tournée vers le ciel. Le ciel leur envoya des vengeurs !

Le Dieu dont ils consignèrent le nom auguste dans leur atroce jugement, en recueillant le dernier soupir de ces victimes de la haine coloniale, fît sortir du Dondon et de la Grande-Rivière des hommes impitoyables qui remplacèrent les têtes d’Ogé et de Chavanne par de nombreuses têtes de blancs exposées à leur tour sur des poteaux.

Ces hommes énergiques se rappelèrent le généreux dessein de Chavanne à leur égard. C’étaient des noirs !

Les membres de l’assemblée provinciale du Nord assistèrent en corps à cette affreuse exécution : ils voulurent repaître leurs yeux du spectacle de douleurs qu’occasionnerait la mort de deux hommes auxquels le bourreau brisa les membres tout vivans !

Douze années plus tard, dans cette même ville du Cap, ce fut un autre spectacle qui attira les regards de ces Européens qui se flattent de leur civilisation avancée. Cette fois, ce n’étaient pas des mulâtres, mais un nègre qui fut dévoré vivant par des dogues affamés !…

Et quand des mulâtres, quand des nègres eurent assouvi leurs vengeances par des actes cruels, atroces, les Européens les accusèrent de barbarie ! Ne sont-ce pas les Européens qui tracèrent ce criminel exemple ?…

Deux jours après l’exécution d’Ogé et de Chavanne, un autre fut rompu vif, comme eux, et vingt-un pendus : treize autres furent condamnés aux galères perpétuelles, et d’autres encore à des peines différentes.

Jacques Ogé ne fut condamné que le 5 mars, à la