Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/181

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


égalité politique entre les hommes de couleur et leurs anciens maîtres serait du plus grand danger pour les blancs. Vous me demandez quel est ce danger ? Hélas ! il est bien facile de le découvrir, quand on le cherche sans prévention et avec le courage si rare de la bonne foi. Le danger d’établir sur le même niveau politique les hommes de couleur et les hommes blancs, vient d’abord de ce que la plupart de ces affranchis ont encore leurs parens, leurs oncles, leurs neveux, leurs frères et peut-être leurs pères, dans les ateliers de l’esclavage… J’examine loyalement s’il ne serait pas infiniment dangereux à’appeler tous les mulâtres à l’exercice de ces droits politiques, qui finiraient par mettre nos colonies entre leurs mains… J’en conclus invinciblement, que ces hommes de couleur, qui domineront par le nombre dans toutes les assemblées électives, dès que vous les aurez reconnus citoyens actifs, seront incessamment les maîtres de vos colonies, et qu’ils auront bientôt tous les blancs à leur merci… Les blancs ne pourront jamais se recruter ainsi, en nombre suffisant, pour balancer l’inévitable multiplication des hommes de couleur. Ceux-ci deviendront les rois de nos colonies… Si vous appeliez soudainement tous les hommes de couleur aux privilèges de citoyens actifs,… vous forceriez tous les blancs à s’expatrier. Le séjour de vos colonies leur deviendrait intolérable, dès qu’ils se verraient sous le joug de leurs anciens esclaves…

» Le jour où vos îles ne seront plus habitées et administrées par des blancs, la France n’aura plus de colonies ; elles ne seront plus peuplées que d’une classe de nègres et de mulâtres, qui ne sont pas, quoi qu’on en dise, de véritables Français, puisqu’ils n’ont pas même vu la France. Ces insulaires dont l’Afrique est la véritable patrie,