Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/251

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pouvoirs qui nous ont été délégués, etc., etc [1] » Jean François prenait en outre le titre de grand amiral de France, et Biassou celui de généralissime des pays conquis : ils qualifiaient leur armée de gens du roi[2].

Les membres des deux assemblées siégeant au Cap avaient adopté, en outre de la cocarde noire, d’autres insignes antinationaux. Ceux de l’assemblée générale portaient une écharpe noire, en signe du deuil qu’éprouvait la colonie par les insurrections des deux branches de la race noire ; et ceux de l’assemblée provinciale adoptèrent une écharpe rouge, en signe du sang européen que ces deux insurrections faisaient verser dans les combats.

De telles idées devaient naturellement amener les colons à des résolutions insensées. Dès les premiers jours de septembre, dans une séance en comité secret, le marquis de Cadusch, président de l’assemblée générale, proposa à ce corps de livrer la colonie à la Grande-Bretagne, seule puissance qui pouvait, selon lui, la sauver de la fureur des nègres et des mulâtres, et des mauvaises intentions, disait-il, de l’assemblée constituante à l’égard des colons. En conséquence, elle députa auprès du gouverneur général de la Jamaïque pour en recevoir des secours. On a déjà vu que l’assemblée provinciale de l’Ouest et la municipalité du Port-au-Prince, aussitôt l’insurrection des hommes de couleur, avaient envoyé de leur côté, auprès du même gouverneur et dans le même but. Des vaisseaux y avaient paru ; il en vint également au Cap. Dans le Sud, les colons agirent de la même manière. Il est vrai qu’en

  1. Récit de Gros, pages 59 et 60.
  2. Pamphile de Lacroix, tome 1er, page 101