Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


importait au bon ordre de ne pas affaiblir l’état d’humiliation attachée à l’espèce dans quelque degré qu’elle se trouve ; préjugé d’autant plus utile qu’il est dans le cœur même des esclaves, et qu’il contribue principalement au repos colonies. S. M. approuve en conséquence que vous ayez refusé de solliciter pour les sieurs… la faveur d’être déclarés issus de race indienne ; et elle vous recommande de ne favoriser sous aucun prétexte les alliances des filles de sang mélé. Ce que j’ai marqué à M. le comte de Nolivos, le 14 de ce mois, au sujet de M. le marquis de… capitaine d’une compagnie de dragons, qui a épousé en France une fille de sang-mêlé, et qui, par cette raison, ne peut plus servir à Saint-Domingue, vous prouve combien S. M. est déterminée à maintenir le principe qui doit écarter à jamais les gens de couleur et leur postérité de tous les avantages attachés aux blancs.

« Est-ce clair ? » ajoute l’écrivain distingué que nous citons.


Non, dirons-nous, ce n’est pas clair ; car cet auteur a dû remarquer qu’en transmettant au ministre français la demande des sieurs… MM. de Nolivos et de Bongars ont refusé de solliciter cette faveur, cette grâce : or, ce gouverneur et cet intendant étaient colons eux-mêmes, grands propriétaires à Saint-Domingue, intéressés au maintien de l’avilissement de la race noire. M. de Nolivos, descendant d’un autre colon, possédait une riche sucrerie dans la plaine de Léogane, M. de Bongars la plus grande caféterie de la paroisse du Port-au-Prince. Ces deux administrateurs n’avaient pas besoin d’ailleurs d’une autorisation royale pour accorder la grâce sollici-