Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 1.djvu/79

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de femmes européennes ou agréant peu quelques-unes qu’on leur avait envoyées de la métropole, dont les vertus paraissaient plus que suspectes, ces hommes grosssiers s’attachaient à des filles de couleur ou à des africaines qu’ils prirent pour compagnes de leurs plaisirs. Ces femmes prenaient soin d’eux, et partageaient leurs travaux et leur condition : de là l’attachement que ces premiers colons eurent pour les enfans mulâtres nés de cette cohabitation. Ce fut là l’origine, la cause, les motifs de l’édit de 1685 par lequel Louis XIV autorisa le mariage légitime entre les deux races : édit provoqué du reste par les administrateurs des colonies et les conseils supérieurs qui, à cette époque reculée, où l’on ne comptait qu’environ 500 affranchis, étaient favorables à cette classe.

J. Raymond ajoute que : « Les colonies, un peu avant la guerre de 1744, avaient fixé davantage les yeux de la métropole, parce qu’elles produisaient déjà beaucoup. Il y passa beaucoup d’Européens ; les femmes même franchirent les mers en grand nombre, pour y chercher la fortune dont elles étaient dépourvues ; des mères y menèrent leurs filles pour les marier à de riches colons. Leurs vœux furent souvent trompés. Comme elles venaient sans fortune, bien des jeunes gens qui passaient dans les colonies pour y acquérir des richesses, préféraient d’épouser des filles de couleur qui leur portaient en dot des terres et des esclaves qu’ils faisaient valoir. Ces préférences commencèrent à donner de la jalousie aux femmes blanches. Inde irœ. Ces jalousies se changèrent en haine. On voyait alors beaucoup de jeunes gens de famille et un grand nombre de cadets de noblesse épouser des filles de couleur dont les parens étaient devenus riches, et