Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 10.djvu/127

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âge, ils avaient pu être entraînés par leurs sympathies ou par l’excitation des hommes âgés, meneurs de cette manifestation aussi ridicule qu’hostile au gouvernement[1]. Il trouva Boyer parfaitement disposé à accueillir cette exception, et il né lui cacha point son opinion personnelle sur l’issue probable de la poursuite, tout en convenant que dans la situation des choses il fallait montrer que l’autorité publique était résolue à ne pas souffrir que des actes semblables se renouvelassent. En conséquence, le ministère public se borna à poursuivre huit individus prévenus qu’il assigna directement au tribunal correctionnel, dans une audience fixée extraordinairement le samedi 23 avril[2].

Ce jour-là, ainsi qu’il l’avait prévu, les dénonciateurs et les témoins à charge balbutièrent complètement ; et en dépit de ses efforts pour prouver que lès cris imputés aux prévenus étaient séditieux et méritaient une punition légale, quoique n’ayant point produit sur la population de la capitale l’effet qu’ils désiraient évidemment, le tribunal les acquitta tous. C’étaient le droit et le devoir des magistrats de prononcer ainsi, du moment que la prévention ne leur paraissait pas suffisamment établie contre les inculpés ; mais le tribunal alla plus loin, en déclarant « qu’il n’y avait pas eu de cris séditieux. »

Or, le 20 avril, trois jours avant le prononcé du tribunal, une proclamation du Président d’Haïti avait constaté ce fait. Elle disait des opposans : « Dévorés par l’ambition et la soif du pouvoir, ils ont organisé une ténébreuse

  1. À ce sujet, je pourrais citer des personnes qui vivent encore et qui ont reçu ma confidence a cette époque. Je chargeai l’une d’elles de donner un conseil utile à un jeune homme qui m’avait été dénoncé spécialement.
  2. Ces huit personnes étaient : MM. Saint-Laurent, J. Courtois, Franklin, Lingendre, Richet, Philips D’Goaws, Coppel et Giraudié. — Saint-Laurent, directeur de l’enregistrement, se cacha et partit ensuite pour les États-Unis d’où il retourna en France. À l’exception de Giraudié et de Coppel, tous les autres étaient venus de France à Haïti.