Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 11.djvu/325

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vois avec peine que vous ne pouvez plus vous maintenir au ppuvoir. Tout le département du Sud a dû passer à l’insurrection, et c’est ce qui aura déterminé la défection de Jacmel et de son arrondissement, comme celui de Léogane. Je crois que vous ne devez guère compter sur la fidélité des troupes qui sont à Gressier : elles seront probablement entraînées comme toutes les autres, et l’esprit public à la capitale me paraît aujourd’hui fort hostile à votre personne. — Eh bien ! je pourrais me retirer à Saint-Marc… — Oui, repris-je aussitôt, oui, Président, vous pourriez vous y rendre ; et si vous faisiez un appel énergique aux populations de l’Artibonite et du Nord, je crois qu’elles se réuniraient auprès de vous, et peut-être les troupes de ces départemens qui ont fait défection repasseraient de votre côté. Mais ce serait un appel aux passions, ce serait rallumer dans le pays la guerre civile que vous avez si heureusement éteinte en 1820. Rappelez-vous, Président, que l’idée d’une scission n’a cessé d’exister dans le Nord ; l’année dernière encore, il s’agissait de cela au Cap-Haïtien au moment où le tremblement de terre vint empêcher cette folie. Irez-vous réveiller cette idée, servir d’instrument à sa réalisation ? Car, on ne se réunirait autour de vous que dans ce but, qu’avec cette arrière-pensée. Le ferez-vous, Président, pour conserver un pouvoir dont vous êtes dégoûté depuis plusieurs années ? Ce serait agir contrairement à votre dignité personnelle et au bonheur de votre pays. Il y a vingt-cinq ans que vous le gouvernez selon qu’il vous a paru convenable à ses vrais intérêts ; mais l’Opposition a réussi à vous aliéner les esprits et les cœurs. Eh bien ! Président, déposez le pouvoir, laissez-la gouverner à son tour ; la nation