Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/292

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Elle n’a donc pas excédé ses pouvoirs, lorsqu’elle a aboli la royauté, qu’elle a érigé la France en république, fondée sur la liberté et l’égalité, et qu’elle a ordonné que cette république serait une et indivisible pour toutes les parties qui composent l’empire français.

Nous n’avons donc pas excédé les nôtres, lorsque nous avons appliqué à la colonie française de Saint-Domingue le principe de la liberté et de l’égalité, qui est la base de la République française, une et indivisible dans toutes ses parties.

Mais nos pouvoirs et ceux même de la convention nationale ne sont-ils pas nuls ? L’Anglais Whitelocke et l’Africain Jean Kina, n’out-ils pas décidé que la nation française tout entière n’avait pas le droit de donner la liberté aux Africains résidans à Saint-Domingue, que leurs maîtres seuls pouvaient les affranchir ?

Africains, ce n’est pas nous, ce n’est pas la convention nationale, ce n’est pas même la nation française qui vous donne la liberté. C’est la nature qui vous a faits libres, c’est la nature qui vous a faits égaux de ceux qui se disaient vos maîtres ; jamais aucun homme n’a pu avoir le droit de propriété sur un autre homme. L’esclavage dans lequel vous avez gémi jusqu’à présent, n’est qu’une longue oppression ; et la nature vous a encore donné le droit de résister à l’oppression.

Le seul bienfait dont vous deviez savoir gré à la république et à ses représentans, c’est d’avoir manifesté ces grandes vérités, de les avoir adoptées, d’en avoir fait la base de sa constitution. En vous les révélant, les commissaires civils n’ont acquis aucun droit à votre reconnaissance ; ils n’ont fait que remplir leur devoir.

Si donc on venait vous inspirer encore des doutes sur la légitimité et l’étendue de nos pouvoirs, de ceux de la convention nationale, et de ceux même de la nation entière, demandez à ces perturbateurs de la tranquillité publique, si la nature avait ou n avait pas le droit de faire tous les hommes libres et égaux entre eux.

S’ils venaient vous dire que la convention nationale a révoqué le pouvoirs qu’elle nous avait donnés, et qu’elle a rendu un décret de proscription contre nous ; demandez-leur pourquoi ce décret n’a été adressé on notifié à aucune autorité française existante dans la colonie, soit gouverneur, soit commandant de provinces, soit conseil supérieur ; comment Whitelocke et Jean Kina, sont les seuls dans la colonie qui aient eu connaissance de ce décret. La République française aurait-elle chargé de l’exécution de ce décret le roi d’Angleterre, ou Whitelocke ou Jean Kina ?