Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/332

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avait placé comme commandant militaire, était alors au Port-au-Prince.

À ce moment, Labuissonnière, qui avait été aussi, en 1791, capitaine général des hommes de couleur de Léogane, qui était beau-frère de J. Raymond, avec qui il avait entretenu une correspondance suivie, oubliait le conseil que ce dernier donnait constamment aux hommes de sa classe, de tout souffrir de la part des blancs, hors le cas où ils voudraient livrer la colonie à une puissance étrangère. Il est vrai que, dans ce lâche système de J. Raymond, il ne s’agissait que d’obtenir leur égalité politique avec les blancs, et que, suivant lui, on devait se borner à améliorer seulement la condition des esclaves. Pour empêcher cette trahison en faveur d’une puissance étrangère, Raymond ajoutait à ses conseils, en disant aux hommes de couleur qu’ils devaient sacrifier leur vie et leur fortune. Mais on voit dès lors, dans toutes les lettres de Labuissonnière, que cet homme timide et égoïste redoutait surtout l’insurrection des esclaves. Dans un écrit adressé à l’assemblée nationale constituante, par les hommes de couleur de Léogane, il leur faisait dire : «… Si malheureusement il arrivait le mal que nous appréhendons, par l’opprobre dont on veut à jamais nous couvrir, et où l’anarchie qui règne ici pourrait entraîner l’insurrection des esclaves, vous nous verriez tous nous ranger autour des blancs pour les défendre jusqu’à la dernière goutte de notre sang[1]. » À la fin de 1793, Labuissonnière restait fidèle à ces sentimens de lâche égoïsme ; il consentit à se ranger autour des blancs pour rétablir les noirs dans l’esclavage, pour profiter lui-même de

  1. Rapport de Garran, t. 1er p. 122, t. 2, p. 12. Rapport du même sur J. Raymond, pages 17 et 19.