Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/353

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Hâtons-nous de dire, toutefois, que ces mesures furent plutôt comminatoires que réelles ; qu’il y eut peu ou point de cas où elles furent appliquées, peut-être aussi parce que leur extrême sévérité contint les malintentionnés.

Nous avons déjà dit que celle du désarmement général ordonné par Sonthonax avait occasionné un profond mécontentement parmi les anciens libres, blancs et de couleur. Polvérel, qui en avait une fois donné l’exemple à Léogane, en l’apprenant, écrivit plusieurs lettres à des commandans militaires, en novembre et décembre 1793, où il condamna cette mesure : « Ces mesures générales, dit-il, ont le grand inconvénient de confondre l’innocent avec le coupable, et l’on ne répare pas le mal en réarmant ceux qu’on avait désarmés ; on ne les relève pas à la hauteur du courage républicain. Ce sera beaucoup, si la soif de la vengeance ne les rend pas criminels, s’ils ne tournent pas contre la république les armes qu’ils avaient auparavant consacrées à sa défense. Le désarmement du Port-Républicain n’a-t-il pas été le coup électrique qui a porté le feu de la révolte à Léogane, au Grand-Goave, au Fond-des-Nègrès, et qui l’aurait propagée dans tout l’Ouest et le Sud, sans l’active surveillance des commandans des places ?… »

Cette appréciation était judicieuse. Parmi ces commandans militaires, Martial Besse, que Sonthonax avait envoyé prendre le commandement de l’arrondissement de Jacmel, dès son arrivée au Port-au-Prince, Martial Besse fut celui qui mit le plus de sévérité et d’arbitraire dans l’exécution de la mesure. Garran cite de lui des passages de diverses lettres adressées à Sonthonax. Dans