Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/406

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vous donnait pas, au nom de votre nation, le droit de me faire une insulte personnelle ; comme particulier, je vous demande satisfaction de l’injure que vous m’avez faite comme individu… Je vous invite à lire ma lettre avec la même publicité. »

Whitelocke se garda bien de cette publicité ; elle eût tourné à sa honte, si jamais un officier qui ose offrir de l’argent à son ennemi qu’il peut combattre, est susceptible de honte. Il n’accepta pas davantage le combat singulier.

À la partie de la lettre de Grant qui lui rappelait ses anciens titres de noblesse, Laveaux répondit : « Vous me promettez la conservation de tout ce qui m’appartient ? Vous n’aurez pas besoin de vous donner cet embarras ; mon butin esta l’uniforme de celui du soldat, ce qui me rend encore plus glorieux ; notre nourriture est la même… »

Si les Anglais estimèrent si peu le brave Laveaux, au point de ne lui offrir que cent cinquante mille francs pour une infamie ; ils portèrent plus haut ce tarif honteux, en s’adressant à Rigaud : ils offrirent à ce dernier trois millions de francs, qu’il refusa avec mépris pour les auteurs d’une telle proposition. Il est vrai que Laveaux était resserré dans l’étroit espace du Port-de-Paix, tandis que Rigaud leur avait déjà enlevé Léogane et qu’il se préparait à leur arracher Tiburon. N’importe le chiffre, l’action est aussi honteuse d’un côté, qu’elle est digne et honorable de l’autre.

Après avoir inutilement tenté leurs séductions auprès de Laveaux, les Anglais, ayant à leur suite les colons contre-révolutionnaires et les émigrés, essayèrent de le vaincre par la force des armes. Ils attaquèrent le Port-de-Paix