Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/235

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Mon général, mon père, mon bon ami

Que votre lettre du 10 courant (du 27 août) a été agréable et satisfaisante à mon cœur ! Que je suis heureux d’avoir en vous un ami aussi sincère et aussi vrai ! Autant mon cœur ressent de joie en lisant votre lettre, autant il souffre de tous les chagrins qu’il sait que vous éprouvez sans cesse. Mais, tel qu’il en puisse être, résignons-nous entièrement en la divine Providence ; imitons Jésus-Christ qui est mort et qui a tant souffert pour nous, pour nous donner l’exemple, que l’homme sage et vertueux est fait pour souffrir ; car celui qui permet que nous souffrions, est celui qui nous consolera. Mettons tout notre espoir en lui. Vous le savez, plus l’homme est sage et vertueux, plus il est sujet à éprouver la méchanceté des hommes.

Oui, mon général, mon père, mon bienfaiteur, mon consolateur : il n’y a que vous qui pouvez être l’appui inébranlable de la liberté générale ; il n’y a que vous qui la ferez vaincre ses ennemis : le nom de Laveaux sera à jamais gravé dans le cœur des noirs.

Je n’ai pas perdu un seul instant pour envoyer des hommes de confiance pour inspirer à tous les électeurs, toute l’importance qu’il y a pour le bonheur de tous les noirs, que vous soyez nommé député. Vous le serez, et rien ne dépendra de moi pour cela.

Je relis chaque jour votre lettre ; elle me servira, dans les plus grands chagrins, de consolation. Je la conserverai comme un gage le plus sacré de votre amitié, et dans quel lieu, dans quelle circonstance que ce soit, comptez sur le cœur de Toussaint Louverture qui sera, avec la grâce de Dieu, toujours votre fidèle ami et saura mourir pour vous, s’il le fallait. Que je serai heureux d’être près de vous, pour vous serrer dans mes bras et vous embrasser mille fois !…

J’ai lu avec attention votre mémoire à la commission. Que j’admire votre amour pour les noirs ! Ils n’en seront pas ingrats : ceux qui sont dans l’erreur sauront par la suite apprécier, avec la grâce de Dieu, toute la reconnaissance qu’ils vous doivent.

Les officiers de mes régimens ont dîné deux jours avec moi : nous avons tous bu à la santé de notre bon papa, et avons juré de toujours l’aimer.

Que je désirerais d’être auprès de vous pendant huit jours ! Que de choses j’ai à vous dire !

Je vous embrasse mille fois de tout mon cœur, et vous aime autant, et croyez-moi jusqu’à la mort votre fidèle ami.

Toussaint Louverture.