Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/286

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gouvernement en étaient les chefs, leurs délégués les principaux agens, tous les Français venus d’Europe les complices.

La commission se respecte trop elle-même, elle honore trop les lumières et le bon sens de ses concitoyens, pour répondre à de si grossières impostures, autrement que par le défi formel de citer un seul de ses actes qui porte la plus légère empreinte des odieux projets qu’on ose lui imputer.

Prenons pour exemple l’affaire de Villatte. C’est contre son embarquement que les factieux du Sud se sont le plus élevés. Ce général est arrêté, et avec lui un grand nombre de citoyens de couleur. Le fait était constant, et les dispositions du code pénal précises. Eh bien ! la commission, par son indulgence, n’a-t-elle pas arrêté le sang prêt à couler ? Ne s’est-elle pas bornée à éloigner des hommes qui ne pouvaient plus demeurer dans la colonie sans danger pour la tranquillité publique, à envoyer en France des coupables, dont elle aurait pu ordonner le supplice[1] ? A-t-elle fait parmi les co-accusés acception de personne ? Les instigateurs blancs, les complices noirs n’ont-ils pas été également embarqués ? Une foule de citoyens de couleur, plus malheureux que coupables dans la rébellion du 30 ventôse, n’ont-ils pas été rendus à la liberté ? Quels sont les hommes qu’elle a revêtus de sa confiance, pour aller dans le Sud prêcher l’évangile de la paix  ? Ne sont-ils pas les généraux Chanlatte et Martial Besse, tous deux citoyens de couleur ? N’a-t-elle pas fait partager les faveurs du gouvernement à plusieurs hommes de couleur connus par leur attachement à la France ? Où est la passion dans cette conduite constante et uniforme ? Où est la haine ? Où est la défiance ? Où est la partialité ?

Aux Cayes, un chef militaire prévenu d’un projet d’assassinat, est arrêté par ordre de la commission pour être conduit au Cap ; il s’échappe des mains de ses gardiens ; il cherche dans les forts un asile contre la loi. Un traître les lui livre : tous les instigateurs de la sédition l’y suivent : ils tirent le canon d’alarme. Des émissaires se répandent dans la plaine et soulèvent les ateliers ; trois jours se passent dans les plus mortelles alarmes, mais le sang des citoyens n’a pas coulé, leurs propriétés sont respectées. Le quatrième jour André Rigaud paraît : il se rend de suite au fort de l’Ilet, et ne se concerte qu’avec les rebelles. Le lendemain, les barrières lui sont ouvertes ; il entre en ville à la tête

  1. Une commission militaire, composée de Français honorables, les a tous acquittés, malgré le Directoire exécutif et ses agens.