Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/117

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La conduite de Moïse dans le Nord, celle de Dessalines à Léogane, prouvent qu’il y avait moyen de tirer parti de la plupart des victimes. Ces deux généraux firent enrôler dans les troupes beaucoup d’hommes de couleur qui combattirent avec valeur contre Rigaud. Dessalines les trouva un jour, quand il lui fallut combattre contre les Français : ils furent dévoués à ce chef, à leurs frères noirs, à leur pays.

En se montrant juste autant que fort, un chef conquiert les cœurs et se fortifie encore par le concours qu’il peut obtenir de ceux-là mêmes qui se compromettent par leurs imprudences. C’est ce que ne comprit pas T. Louverture, c’est ce qu’il ne voulut pas comprendre, car il était éclairé ; mais, dominé par son orgueil, par sa soif inextinguible de domination, par cette ambition qui le dévorait, il n’employa que la terreur.

Voyez comment, dans sa lettre à H. Christophe, il veut bien supposer aux hommes de couleur le désir de faire de Rigaud, le chef suprême de la colonie ! En faisant mourir tant d’hommes dont une grande partie s’étaient montrés énergiques dans leur lutte contre les colons, il ne satisfit que ces derniers ; et lorsque le moment arriva où il dut lutter contre ces perfides et leurs auxiliaires, il ne trouva pas ces hommes. En immolant une foule d’autres dont le caractère inoffensif n’était pas à craindre pour son système politique, il occasionna une répulsion invincible pour sa personne, pour son gouvernement : il lui fallut ensuite constamment réprimer les conspirations, les révoltes qui éclataient de tous côtés, non pas de la part des hommes de couleur, mais des noirs fatigués de sa tyrannie. La terreur devint le signe caractéristique de son administration, parce qu’elle n’avait d’autre moyen pour se