Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/155

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noir nommé Jérémie, commandant des gardes nationaux de la campagne qui étaient dans la place, fut chargé par Pétion de guider la route à prendre par les assiégés, pour aller joindre les troupes du Sud au Grand-Goave. Le point de la sortie ayant été fixé du côté du Blockhaus où commandait Brunache, Pétion donna le change à l’ennemi en faisant canonner le côté opposé durant toute la journée du 10 mars ; c’était sur la route de Baynet, Dessalines, trompé par cette manœuvre et par le rapport des espions qui le croyaient aussi, fit concentrer beaucoup de troupes de ce côté-là. Dans la soirée, vers 8 heures, toute la garnison se réunit en silence sur la place d’armes, après avoir abandonné les forts. Pétion forma l’ordre de la marche, en se plaçant à l’avant-garde avec Ogé et Jérémie, et donnant à Gautier le commandement du gros des troupes : il n’y avait plus qu’environ 1500 hommes en tout. Quelques femmes de militaires, voulant suivre leurs maris, furent placées entre l’avant-garde et le reste des troupes. Au moment de défiler, l’infâme Dupéroy, l’ami d’Ogé, obtint par une ruse le secret du véritable point de la sortie. Il s’empressa d’accourir du côté où Dessalines attendait les assiégés et dévoila le projet de Pétion. Les assiégeans arrivèrent en toute hâte pour s’opposer à la sortie. Il fallut combattre aussitôt : les femmes jetèrent le désordre parmi les troupes, et l’avant-garde fut ainsi séparée du reste.

Après des prodiges de valeur et la perte de la moitié de ces braves soldats, tués ou faits prisonniers, environ 700 hommes se rejoignirent loin de Jacmel et se rendirent, sous les ordres de Pétion, au camp de Thozin, où Faubert les accueillit avec tous les honneurs militaires dus à leur persévérance, en leur procurant les secours que leur position réclamait.