Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/173

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Il n’y a nul doute pour nous, que cette partie étant cédée à la France depuis 1795, et le gouvernement français en ayant ajourné la prise de possession pour l’effectuer par des troupes européennes, quand la paix avec la Grande-Bretagne lui permettrait d’en envoyer, du jour où T. Louverture fut devenu général en chef de l’armée, il visait à y étendre sa domination. Cette idée n’a été qu’en croissant, après qu’il eut expulsé Sonthonax et Hédouville. Parfaitement informé de la situation de la France sous le Directoire exécutif, occupé de sa guerre contre Rigaud, qui avait l’approbation anticipée de ce faible gouvernement, il était assuré d’exécuter la prise de possession, malgré lui, dès qu’il aurait vaincu son rival.

Mais, en apprenant que le 18 brumaire avait appelé le général Bonaparte au pouvoir, le Premier des Noirs savait qu’il aurait affaire désormais au Premier des Blancs. La nouvelle de cette immense révolution a dû lui parvenir promptement par la voie des États-Unis ou par celle de l’Angleterre, intéressés l’un et l’autre dans la question du commerce avec Saint-Domingue. Et alors, T. Louverture aura pensé que le génie actif qui dirigeait la France, trouverait moyen, soit par la paix, soit en hasardant une expédition maritime, de jeter des troupes blanches dans la partie espagnole, avec quelques-uns de ces généraux fameux de l’armée française[1]. Prévenir un tel résultat, fut, selon nos appréciations, son unique but. Aussi le voyons-nous écrire à Roume, dès le 28 décembre, au sujet de la prise de possession : c’est à cette époque que dut parvenir

  1. Il est probable qu’il apprit alors l’expédition maritime qui se préparait en France, sous les ordres de l’amiral Gantheaume et du général Sahuguet. Nous en parlerons plus loin.