Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/280

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Il n’en fallut pas davantage pour perdre T. Louverture : ces comparaisons flatteuses et outrées, surtout celle relative au Premier Consul, étaient propres à augmenter sa vanité, son orgueil, déjà portés à un haut point. En vain croira-t-on que par son esprit supérieur, il était inaccessible à ces petites choses qui entraînent les chefs dans de fausses routes : les louanges démesurées sont un danger permanent pour eux, car ils sont des hommes, sujets à toutes les faiblesses de l’humanité. T. Louverture qui avait son plan dressé, les accueillait avec plaisir, parce qu’elles le facilitaient : il jouait son rôle. Les colons aussi avaient leur plan et jouaient leur rôle convenablement. Eux et lui arrivaient ainsi à la réalisation de ce qu’ils avaient toujours désiré ; car l’alliance de T. Louverture avec la faction coloniale n’a jamais été suspendue. Qu’on le suive dans tous ses procédés depuis 1791, on sera forcé d’en convenir : c’est, parmi nos révolutionnaires, celui qui a été le plus conséquent avec ses principes, le plus persévérant dans leur application.

Comme il n’était pas venu au Cap pour recevoir seulement l’encens des colons, dès le lendemain de son arrivée en cette ville il rendit l’acte suivant :


Toussaint Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue,

À ses concitoyens.

Les devoirs de la place du citoyen Roume étaient, en sa qualité de représentant du gouvernement français, de consacrer ses facultés morales et physiques au bonheur de Saint-Domingue et à sa prospérité. Bien loin de le faire, il a, ne prenant conseil que des intrigans qui l’environnaient, semé la discorde parmi nous et fomenté les troubles qui n’ont cessé de nous agiter [1].

  1. Justice divine ! comme tu arrives toujours pour punir les hommes ! Roume avait dénoncé Hédouville, pour avoir jeté la pomme de discorde à