Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/335

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dans son cœur comme dans tous les cœurs ; il rappelle aux colons sa conduite entière qui leur a été toujours favorable, pour inspirer plus de confiance en lui, en ses déclarations, en ses promesses.

Cependant, il n’y avait que cinq jours écoulés, depuis qu’il avait restreint le droit des noirs à acquérir des propriétés ! Il refusa cette jouissance légitime à ses frères, tandis qu’il offrit des concessions gratuites aux blancs qui viendraient d’Europe !…

T. Louverture était, sans contredit, un homme supérieur par son esprit qui saisissait, qui embrassait toutes choses. Mais il oublia toujours, dans tous ses rapports avec les colons, qu’il était noir.

Hélas ! en ce moment même où son cœur s’épanouissait, que faisait la faction coloniale à Paris, dans toute la France, peut-être même à Saint-Domingue ? Elle le trahissait, elle le livrait à la vengeance de l’autorité de la métropole, si souvent méconnue par lui dans ses rêves d’ambition extrême ; elle sollicitait de son côté toute la puissance de la France contre lui, pour lui arracher cette position où un noir n’aurait jamais dû prétendre. Ce projet se réalisa, contrairement aux intérêts bien entendus de la France : son succès occasionna des regrets ; mais il était trop tard ! Les temps étaient déjà accomplis pour toutes les grandes fortunes. Ainsi l’avait réglé la Providence.


Le 12 février, le général en chef adressa une lettre au Premier Consul, par laquelle il lui demanda la confirmation des grades supérieurs auxquels il avait promu plusieurs de ses officiers. Il lui dit qu’après la prise du Môle sur les rebelles du Sud, il avait nommé Moïse, général