Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/375

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moment où il va parler de cette constitution, il est forcé de convenir qu’elle n’atteignit pas ce but :

« Jusqu’alors, dit cet auteur, Toussaint n’osait exécuter pleinement son projet  : la puissance de la France l’effrayait … Cependant, ses grandes vues, s’étaient tellement développées, qu’il résolut, malgré les dangers qu’il allait réunir sur sa tête, de sonder les dispositions du gouvernement consulaire à l’égard de Saint-Domingue, en faisant une constitution qui, devant satisfaire son ambition momentanément, ne le proclamerait cependant pas souverain, indépendant de la métropole [1]. »

Comment ! un homme aussi résolu, aussi audacieux que T. Louverture s’effrayait de la puissance de la France ! Ayant de si grandes vues, il se borna à sonder les dispositions du gouvernement consulaire !

Il avait l’ambition de rendre son pays, Saint-Domingue, souverain et indépendant de la métropole, et il se borna à faire une constitution qui, en la satisfaisant momentanément, n’établissait pas cet ordre de choses ! Cependant n’est-ce pas le même auteur qui avait déjà dit :

« Quant à Toussaint, en triomphant de Rigaud, il aura renversé le principal obstacle à l’indépendance de Saint-Domingue … La guerre civile eut pour cause réelle la marche de T. Louverture vers l’indépendance, marche que voulut arrêter le général Rigaud (ce n’est plus l’ambition de Rigaud, refusant obéissance, qui en fut cause)… Toussaint sentit plus que jamais le besoin de se rendre indépendant, afin que l’état politique des siens ne fût pas sans cesse laissé à la discrétion du gouvernement français. Il comprit aussi combien il lui importait de se hâter d’écraser Rigaud qui, ayant toujours foi en la sincérité de

  1. Histoire d’Haïti, t. 2, p. 95.