Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/377

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hésitations et les perplexités de son enfantement, l’expression la plus complète du caractère étrange dont nous n’avons pu qu’esquisser l’ensemble ; l’étroite portée politique de cet esprit, d’ailleurs si énergique et si entreprenant, s’y révèle tout entière : il n’ose ni aborder de front l’indépendance, ni se résigner à la vassalité. Bien plus, avec cette duplicité du barbare si naïvement pénétrée de sa profondeur, il eut la simplicité de croire que, après avoir fait un tel pas, il pourrait encore demeurer en bonne intelligence avec la mère-patrie, en protestant de son dévouement et de sa soumission[1]. »

Là fut son erreur, il est vrai ; car d’après la constitution française, Saint-Domingue n’avait pas le droit de faire une constitution spéciale, ni des lois particulières ; elles devaient venir de la métropole. Mais au point de vue du régime intérieur établi par cette constitution et par les règlemens de culture, arrêtés, etc., qui la précédèrent, par les lois qui la suivirent, personne ne pouvait faire ce que fit T. Louverture en faveur des colons et de tous les blancs en général. La France en a fait l’expérience peu après ; et des regrets superflus sont venus prouver l’erreur où tomba lui-même l’homme de génie qui la gouvernait alors. S’il avait mieux jugé de la situation, s’il avait été moins empressé de rétablir légalement l’esclavage, il eût laissé T. Louverture gouverner Saint-Domingue qui, alors, fût resté plus attaché que jamais à la France. Certes, Rigaud voulait aussi la dépendance de cette colonie de sa métropole ; mais à des conditions tout autres que celles conçues par son heureux vainqueur. Ils ont été tous deux expier au fort de Joux, l’un avec un sort plus affreux

  1. M. Lepelletier de Saint-Rémy, t. 1. p. 146.