Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/406

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Cet auteur a raisonné ainsi, parce qu’on s’était fait, en France, des idées exagérées de la prospérité de Saint-Domingue sous T. Louverture, et que l’on voulait bien croire qu’il avait des réserves considérables : on les a portées à des sommes fabuleuses. Aussi a-t-on torturé l’âme de T. Louverture, pour qu’il déclarât où il avait enfoui ses trésors. Que n’a-t-on pas imaginé, inventé à cet égard[1] ?

Il eût suffi cependant d’un peu de réflexion, pour concevoir que les dévastations produites par la première révolution, de 1791 à 1793 ; les agitations sans cesse renaissantes dans la classe productrice ; la guerre contre les Anglais durant cinq années consécutives ; les nouvelles agitations durant ce temps, la guerre civile du Sud : tout devait contribuer à réduire les produits agricoles à un chiffre minime. Ensuite, l’infidélité des agens comptablés, la création d’une armée, les pertes en hommes occasionnées par la guerre (ces hommes étant tirés en grande partie de la classe des cultivateurs) devaient diminuer les revenus, en augmentant énormément les dépenses.

Loin donc d’admettre avec Pamphile de Lacroix : « que T. Louverture voulait prouver à la France que la possession de Saint-Domingue lui était à charge ; qu’ensuite il voulait se ménager vis-à-vis des subalternes la faculté de leur refuser ; qu’enfin, il désirait inaugurer vis-à-vis des habitans le droit d’établir un impôt supplémentaire de 15 millions de francs, en impositions somptuaires et foncières, pour niveler la recette à la dé-

  1. Le principal objet de la mission du général Cafarelli auprès du prisonnier de Joux, était de le porter à avouer où il avait enfoui ses trésors. Il lui déclara qu’à l’arrivée de Leclerc, il y avait 11,700,000 fr. dans toutes les caisses publiques, et aucune somme enfouie nulle part. Il lui dit aussi que lui et sa femme possédaient, pour toute fortune, 250 mille francs qui furent pris par la division Rochambeau aux Cahos.