Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/445

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Nous n’hésitons pas à considérer ces allocutions comme des fables de la tradition populaire. T. Louverture pouvait et devait même éprouver de l’inquiétude, s’il apprit alors, comme il paraît, que les préliminaires de la paix entre la France et la Grande-Bretagne faisaient présager une paix définitive ; car il était incertain si le gouvernement consulaire approuverait la constitution et la législation qu’il venait de donner à la colonie. Mais nous ne pouvons croire qu’avec son tact ordinaire, son orgueil excessif ne se fût pas considéré humilié de tenir aux hommes de couleur le langage qu’on lui prête. Il avait trop de dignité dans l’exercice de son autorité pour s’abaisser à ce point, trop de fierté pour convenir de ses torts envers ceux qu’il avait persécutés injustement. Et quant à ses intentions manifestées aux officiers noirs, les faits qui suivirent prouvent le contraire ; car il ne donna aucun ordre positif à ses officiers supérieurs, pour les éventualités qu’il avait pu prévoir : ils ne surent que faire, la plupart. S’il avait résolu le massacre des blancs, il l’eût organisé de la même manière qu’il avait prescrit celui des hommes de couleur. Il ne l’a ordonné qu’à l’arrivée de l’expédition française, après la prise du Fort-Liberté et du Cap, après le massacre des prisonniers noirs par les généraux Rochambeau et Hardy.