Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/68

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verture. Celui-ci prouve des intentions hostiles contre Rigaud, en portant l’agent à exiger qu’il livre à Laplume les communes du Grand-Goave, du Petit-Goave et de Miragoane. Rigaud s’aperçoit où tend la décision de l’agent qui accède aux désirs de son adversaire : il sollicite alors sa démission, il en fait trois fois la demande pour aller remplir son mandat de député en France. Ce motif honorable lui restait encore, comme au temps d’Hédouville. En se retirant de Saint-Domingue, il eût laissé T. Louverture entièrement maître de ses actions. Mais Roume refuse obstinément ; il représente l’autorité du gouvernement à laquelle chacun doit obéissance.

Rigaud pouvait-il, en sa qualité de militaire, prendre lui-même sa démission malgré l’agent, et abandonner son poste ? La hiérarchie a des règles inflexibles, surtout dans l’ordre militaire. Roume l’invite à une conférence particulière avec lui, et l’on voit sortir de cette conférence une nouvelle décision, un arrêté de l’agent qui l’autorise, non seulement à garder sous ses ordres la commune de Miragoane, mais tout le reste du département du Sud. S’il restreint les limites du territoire soumis à Rigaud, il ne lui conserve pas moins un grand commandement dans lequel il lui donne la surveillance de tous les fonctionnaires publics, la direction de toutes les affaires : il maintient ainsi pour lui la même autorité qu’il y exerçait depuis Polvérel, la même autorité qu’il avait reçue d’Hédouville. Il continue de correspondre avec lui. Roume est l’agent du Directoire exécutif : ce qu’il fait, semble donc à Rigaud émaner de ce gouvernement dont il a les instructions, et Rigaud a remis à Laplume le Grand-Goave et le Petit-Goave ; il a montré de la condescendance, de la modération.