Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/76

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tices de l’autorité placée dans le Nord. En 1799, c’était encore du Nord que venaient les provocations à la guerre ; c’était un agent de la métropole, placé là, qui l’ordonnait, c’était un homme du Nord qui, se targuant de son autorité de général en chef, voulait réduire le Sud à merci.

Nous avons assigné aussi, comme une des causes de cette guerre, l’influence des principes politiques qui dirigeaient Rigaud et T. Louverture. N’est-il pas visible que Rigaud voulait soutenir les principes républicains, démocratiques, renfermés dans les mots de liberté et d’égalité, et en assurer la jouissance aux masses comme à la portion éclairée de la race noire qu’il représentait plus particulièrement ? N’est-il pas également évident que T. Louverture, tout en s’étayant des mêmes mots de liberté et d’égalité, voulait la prédominance des principes aristocratiques, en assurant aux colons et aux émigrés une grande part d’influence dans les affaires du pays ? Les émigrés et beaucoup de colons n’étaient-ils pas des nobles de l’ancien régime ? Le régime établi par le général en chef, devenu gouverneur général, était-il autre chose qu’une aristocratie au profit des grands propriétaires du sol dont il avait restauré tous les privilèges, et des chefs militaires dont l’autorité sur les masses était d’un absolutisme révoltant ? Il nous sera facile de le démontrer dans notre 5e livre.

Sous ce rapport, l’un et l’autre adversaire suivaient l’impulsion de leur éducation, des idées traditionnelles de leur lieu natal.

Donc, toutes ces causes réunies prouvent, selon nous, que la guerre civile du Sud ne fut pas une guerre de caste, de couleur : elle fut une guerre de principes. Il s’agissait de savoir laquelle l’emporterait, ou la démo-