Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 4.djvu/91

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vait mieux ses vues, ses arrière-pensées, il eût paru satisfait de Rigaud, jusqu’au moment où la France pourrait tenter ce qu’elle a fait en 1802. Ayant été vaincu, Rigaud n’a paru être qu’un ambitieux vulgaire, dont l’orgueil ne pouvait souffrir un supérieur depuis le départ des commissaires civils, en 1794. Voyez à quoi aboutit l’inintelligence d’une situation politique, au moment où l’homme d’action doit l’emporter sur l’homme de cabinet !

Une autre faute de sa part, comme militaire, mais que la fausse appréciation politique lui fît commettre, ce fut de n’avoir pas augmenté son armée par un recrutement considérable, dès qu’il se vit menacé par le général en chef. Dans la guerre, il faut souvent fortifier le moral des troupes aguerries, par un surcroît de forces qui prennent part aux combats, et qui finissent par s’aguerrir aussi. T. Louverture, dont l’armée était déjà formidable en proportion de celle du Sud, ne fit pas la même faute : il fît des levées en masse.

Rigaud quitta bientôt le Petit-Goave pour se rendre aux Cayes.


Cependant, en apprenant la prise du Petit-Goave et du Grand-Goave, T. Louverture lança une proclamation où il établissait le crime de rébellion de Rigaud, pour avoir te premier tiré l’épée du fourreau. Il y employa des expressions honorables pour Bauvais, afin de le porter à conserver sa neutralité. Il était alors aux Gonaïves. S’entendant toujours avec Roume, celui-ci rendit un arrêté, le 2 juillet, pour ordonner l’impression des trois lettres du ministre de la marine au général en chef, que nous avons fait connaître au chapitre précédent. Ce placard fut envoyé aux autorités civiles et militaires, et affiché dans tous