Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/252

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il se voyait sur le point d’être jeté dans les terribles cachots, quand heureusement pour lui, le général Bazelais fît savoir à l’empereur l’origine de cette expression, par la vie de l’impudique Messaline. Le quiproquo fut alors compris, et par Dessalines et par la plaignante, qui n’entendait pas mieux que lui l’histoire romaine, et Inginac fut renvoyé à ses fonctions[1].

« En même temps, dit l’histoire que nous citons, un administrateur accusé de prévarications, avait été appelé à la capitale (à Marchand) pour rendre ses comptes. Dessalines lui ordonna, en présence de son état-major, de calculer sous ses yeux, à haute et intelligible voix. L’administrateur obtint, à la fin de plusieurs colonnes successives, des zéros et retint des unités. Dessalines, l’interrompant, s’écria : — Je ne m’étonne pas que vous ayez été dénoncé, puisqu’en ma présence, vous osez tout retenir, et ne laisser à l’Etat que des zéros. — L’administrateur retourna dans ses foyers, sain et sauf ; mais il fut destitué peu de temps après[2]. »

Il faut constater aussi que Dessalines avait souvent l’humeur la plus gaie, qu’il se plaisait même à faire de vraies farces, tant en paroles qu’en actions, et fort inconvenantes pour le rang qu’il occupait. Ainsi, reconnaissant l’incapacité du général Vernet, comme ministre des finances, il dit un jour : « Mon pauvre compère ne s’occupe qu’à faire de bons déjeuners et sa partie de bète ; s’en rapporte à Vastey dont la bourse se remplit chaque jour[3]. » C’était en même temps discrédi-

  1. Messaline était la femme de l’empereur Claude : ce qui présentait un double danger pour Inginac. La tradition ne rapporte pas si Bazelais fit savoir cette particularité.
  2. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 265.
  3. Ibid., p. 245.