Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/514

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dans cet ordre d’idées, empruntons une citation à l’Histoire d’Haïti, que nous réfutons souvent, mais dont nous reconnaissons sincèrement le haut mérite aux yeux de notre patrie commune :

« Le général Pétion apprit que la plupart des blessés ennemis, demeurés le long des fossés, étaient sacrifiés par les soldats républicains. Il enjoignit aux commandans de tous les postes de les faire enlever et de les faire transporter à l’hôpital. Cet ordre ne fut nulle part exécuté… (par la faute des officiers). Comme l’anarchie était profonde dans la place, qui n’était défendue que par l’élan des troupes et des citoyens, Pétion fut obligé de promettre quatre piastres pour chaque prisonnier qu’on lui amènerait… Le gouvernement sauva ainsi un grand nombre de prisonniers qui, plus tard, servirent la cause de la République avec le plus grand dévouement[1]. »

Ne contestons pas ce qu’il y a d’exagéré dans ces traditions ; car les soldats de la République se montrèrent toujours, durant cette guerre civile de 14 années, beaucoup plus généreux envers leurs camarades de l’Artibonite et du Nord, que ceux-ci envers eux. Mais voyons et admirons seulement la grandeur d’âme de Pétion, qui intéressa ses soldats à recueillir leurs malheureux frères, victimes d’une ambition inexorable, pour les faire soigner. C’est qu’à ses yeux, tous avaient droit à sa sollicitude ; c’est qu’il n’accepta pas la guerre civile pour satisfaire à d’autre ambition, qu’à celle de servir utilement son pays, en humanisant les cœurs, en excitant en eux de nobles sentimens par son exemple.

  1. Hist. d’Haïti, t. 3, p. 381.