Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/92

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Ces propositions prouvent que, malgré la déclaration faite dans la proclamation du 1er janvier, à l’égard des colonies voisines d’Haïti, les Anglais ne se fiaient pas à Dessalines dont ils connaissaient l’humeur guerrière, et qui avait refusé poliment leurs offres de concours contre les Français.

Mais Dessalines, en accueillant les indigènes renvoyés par le gouverneur de la Jamaïque, en le priant de lui expédier tous les autres qu’il aurait en son pouvoir, ne consentit pas à toutes ses propositions. Sa déclaration spontanée, qu’il ne troublerait point le repos des colonies voisines, sa judicieuse crainte de se brouiller avec les Anglais ou tous autres neutres dont il recherchait la considération, devaient suffire à ce gouverneur ; et à l’égard des navires haïtiens, de guerre ou de commerce, il ne pouvait s’interdire à lui-même, comme chef d’un pays indépendant, la faculté de les faire voyager au-delà de son littoral. Déjà, les Français réfugiés à Saint-Yague de Cuba, avaient armé des corsaires qui nuisaient au cabotage haïtien ; ceux de l’Est d’Haïti pouvaient en faire autant, et il eût été absurde de s’interdire le droit de les faire poursuivre par les gardes-côtes de l’État.

L’envoyé anglais repartit pour la Jamaïque avec une lettre de Dessalines où il disait au gouverneur Nugent :

« M. Corbet a reçu de moi l’accueil distingué et favorable auquel il devait nécessairement s’attendre. Quoique je le crusse muni de pouvoirs assez amples pour condure définitivement avec moi un traité réciproquement avantageux, il a pensé devoir l’apporter à la sanction de Votre Excellence[1]. L’amitié d’un gouvernement aussi

  1. Dans l’Histoire d’Haïti, par Placide Justin, écrite sur des notes fournies par Sir James Barskett, il est dit, page 412 : que dans ce projet de traité, Des-