Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 7.djvu/474

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tres navires avaient donné dans le port de Miragoane et échappèrent ainsi à la Southampton.

En prenant possession de sa proie, et sur leur demande, Sir J. L. Yeo fît débarquer à Miragoane les hommes du Sud, blessés ou non, et retint à bord une partie de ceux du Nord qui ne demandèrent pas à descendre. Il fit voile aussitôt pour le Port-au-Prince, en remorquant la frégate haïtienne démâtée. Ce fut un spectacle déchirant pour les habitans de cette ville, le jour où ils virent traîner ainsi ce navire de guerre : ils montrèrent une indignation toute patriotique. Le retour de la frégate anglaise contribua à faire penser que Pétion avait désiré ce déplorable résultat ; mais, s’il accueillit les Haïtiens qui furent débarqués au Port-au-Prince, s’il fit soigner les blessés parmi eux, ce ne fut pas une preuve convaincante de sa participation. Les Anglais passèrent plusieurs jours à mettre l’Améthyste en état de faire le trajet du Port-au-Prince à Port-Royal.

Le général Borgella, présent à Miragoane, fut péniblement impressionné de la prise de la frégate : il attendait l’entrée des trois bâtimens pour écrire à Pétion et lui annoncer officiellement leur défection. Son intention était de lui dire de compter sur l’assistance de cette flottille, en cas d’attaque contre le Port-au-Prince de la part de Christophe ; car, malgré le dénouement de la négociation suivie au Grand-Goave, il avait le projet, dans ce cas, d’offrir au président d’aller à son secours avec les troupes du Sud. L’action du commandant anglais ayant dérangé son projet, ce fut auprès du gouverneur et de l’amiral de la Jamaïque qu’il envoya, pour s’en plaindre : de Miragoane, il expédia à Port-Royal le chef d’escadron Solages, son aide de camp, qui prit passage aux Cayes