Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/167

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la constitution du pays, qui lui a donné le pouvoir dirigeant dans la société, quand ses organes indiquent publiquement au corps électoral les meilleurs choix à faire pour une des branches du corps législatif, — tout en lui laissant cependant la liberté d’en préférer d’autres, — de même que l’opinion publique n’entrave ni le pacte social ni l’autorité du gouvernement, quand elle honore certains citoyens de son estime et les désigne par cela même au choix du chef de l’État, pour exercer les fonctions de la communauté. Mais, c’est ce dont le président Boyer s’est le moins préoccupé durant toute son administration. Dans ces vingt-cinq années, la Chambre s’est renouvelée cinq fois : de là des élections abandonnées à toute la liberté des citoyens dans les communes et parmi lesquelles il y eut constamment des choix qui lui déplurent ; de là aussi une opposition de la part des élus que le Président n’agréait pas, qu’il ne chercha jamais à rapprocher de son gouvernement[1] – opposition qui avait sa source dans des personnalités, qui n’avait pas une grande influence dans les premiers temps, mais qui finit par en acquérir suffisamment sur l’opinion publique, après bien des fautes et même des torts de la part de Boyer, pour le renverser du pouvoir, au détriment de la République tout entière.

Avant de relater les graves événemens qui survinrent pendant la session législative de cette année, parlons de quelques actes du chef du gouvernement et de faits qui

  1. Le caractère de Boyer le portait à croire que ce serait donner trop d’importance à un citoyen quelconque, que de le rechercher, de lui faire la moindre avance, dans le but de l’attacher à son gouvernement. Dans les derniers temps de son administration, souvent il désirait appeler des hommes aux fonctions publiques ; mais alors il leur faisait insinuer par des tiers l’idée de les solliciter eux-mêmes, pour ne pas avoir l’air d’offrir ces emplois, et presque toujours il volait qu’on lui adressait des demandes par écrit. Trai presque pujours aussi par ces intermédiaires, il perdait ainsi le mérité qu’il eût au à adresser iui-meme à ceux qu’il voulait employer.