Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/263

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industrie qui profitait tant aux habitans de l’autre partie de la République. Aussi, dès sa publication dans l’Est, cette loi fut l’objet de vives réclamations de la part des propriétaires, et pour mieux dire de toute la population. On remontra au Président, que c’était violer un droit consacré par des titres réels, une possession immémoriale, et qu’il était d’ailleurs impossible d’atteindre le but de la loi, que de vouloir contraindre de si pauvres citoyens à faire des frais d’arpentage pour limiter leurs champs, qui devaient rester en commun par rapport aux bestiaux qui y trouvaient leur pâture, lorsqu’ils pouvaient à peine clôturer un petit terrain auprès de leurs cabanes, pour y planter des vivres servant à leur propre nourriture.

Boyer prit ces réclamations en considération ; il craignit surtout d’exaspérer les nouveaux citoyens qu’il avait réunis à la République, deux années seulement avant cette mesure déraisonnable ; et il adressa une circulaire aux commandans d’arrondissement, pour faire suspendre l’exécution de la loi du 8 juillet, en ce qui concernait les propriétés rurales : car, quant à celles des villes, cette loi ne suggéra aucune réclamation[1]. La raison indiquait alors l’abrogation, dans une autre session législative, des dispositions dont s’agit ; mais les choses restèrent ainsi jusqu’en 1841, où le Président prescrivit de nouveau l’exécution rigoureuse de la loi. À cette époque, de nouvelles plaintes, formulées avec une convenance remarquable, de la part de citoyens éclairés de Santo-Domingo surtout, le portèrent encore à contremander ses ordres[2]. On raisonna si bien sur les questions soulevées

  1. Dans la même année 1824, la conspiration de Ximenès s’était organisée à Santo-Domingo : l’exécntion de cette loi aurait infailliblement amené une prise d’armes générale.
  2. Je possède la copie de la pétition rédigée à Santo-Domingo, en 1841, et qui fut ap-