Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 9.djvu/337

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


En présence de ces reproches, de ces manifestations libérales, on pouvait alléguer que la constitution de 1816 n’avait fait que reproduire les dispositions des actes antérieurs ; mais, en 1825, si l’on avait soumis à une révision ce pacte social, où la même exclusion aurait été maintenue, sans nul doute, la nation et son gouvernement auraient encouru encore plus de reproches à cet égard, plus qu’on ne leur en a adressés depuis, par rapport aux constitutions postérieures.

Pour bien apprécier les déterminations d’un gouvernement quelconque, il faut toujours se reporter au temps et aux circonstances dans lesquelles elles sont prises.

Nous pensons donc que Boyer eut raison de prémunir le Sénat, à cette époque, contre tout désir de révision du pacte social, et que le Sénat agit sagement en adhérant à sa manière de voir ; de même qu’en 1821 il avait eu raison de combattre les idées de ce corps qui lui proposait cette révision.

Et si l’on avait entrepris cet important travail, on n’eût pas eu le temps, probablement, de l’achever avec le calme qu’il aurait exigé, quand arriva à Haïti la mission française dont nous allons parler dans le chapitre suivant.

    16 février que lui écrivit le général Lafayette, qui était alors aux Etats-Unis. Ce général lui parla de la reconnaissance de l’indépendance des Républiques de l’Amérique du Sud, en lui exprimant l’espoir que la République d’Haïti serait l’objet d’une pareille reconnaissance. Entre autres choses, Boyer lui dit : « Nous applaudissons à la justice qui vient d’être rendue aux nouveaux Etats de l’Amérique du Sud ; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous demander pourquoi l’on se tait à notre égard. Le préjugé de l’épiderme est évidemment le seul motif de ce silence injurieux, puisque notre République offre au monde toutes les garanties qu’on peut désirer par la stabilité de ses institutions et de son gouvernement. » L’expression de pareilles pensées n’admet pas que Boyer eût été d’avis de modifier les art, 38 et 39 de la constitution.