Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/111

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PREFACE. ([

n'y a point an monde d'homme pins sage que So- crate, le philosophe est bien étonné d'un pareil éloge, qu'il est si loin de se décerner à lui-même. 11 croit cependant à la parole du Dieu ; car un Dieu ne peut mentir ; et il reste longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de l'oracle. Il se compare donc consciencieusement aux autres hommes, et la seule supériorité qu'il se trouve, c'est que les autres croient savoir, quand de fait ils ne savent rien, tandis que lui ne croit point savoir quand il ne sait point. C'est en cela seulement qu'il est un peu plus sage. Voilà donc jusqu'où peut aller la sagesse humaine. Quelle qu'elle soit, elle n'est pas grand'chose, ou plutôt elle n'est rien; car Apollon seul est sage, et le plus sensé d'entre les hommes, est celui qui, comme Socrate, reconnaît que sa prétendue sagesse n'est qu'un néant. Quant à la vertti purement humaine, elle ne va guère plus loin que la science ; et lorsque Socrate uiet les vertus de noire monde en parallèle avec l'idéal qu'il conçoit, il trouve l'homme moins vertueux en£ore que savant. La demeure de la vertu est dans l'àme des Dieux, et l'ou n'en découvre que de faibles vestiges sur la terre. Ce sentiment de faiblesse est si naturel à l'homme qu'il n'ose même pas tout ce qu'il peut, et qu'on n'a jamais vu un

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