Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/126

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cxYi PRÉFACE.

bonheur. 11 faut otro bien favorisé du ciel pour réunir a la fois, et conserver de longues années, vertu, richesse, naissance, beauté, affections, etc.; et le fortuné mortel qui jouit de tant de trésors, est assez rare dans l'espèce humaine pour qu'on l'admire, quand il se rencontre. Mais je dis que c'est une erreur déplorable de donner à la vie le bonheur pour fin suprême. C'est tout ensemble mal observer les faits, et fausser la conscience. En fait, je soutiens que l'homme ne recherche pas le bonheur dans tous ses actes. 11 est une foule de cas où, même sans être un héros, il sacrifie, de propos délibéré, tout ce qui s'appelle le bonheur au devoir, bien autrement impé- rieux que l'intérêt. Arislote n'était pas si loin de ces guerriers de Marathon et dçs Thermopyles, tombés pour la patrie, et qui ne songeaient guère apparem- ment à leur bonheur, en se faisant tuer à leur poste. Mais la conscience, interrogée par le philosophe, répond plus clairement encore que l'histoire; elle nous dit avec un accent que nous ne pouvons mécon- naître, que le bonheur n'est rien, quand on le met en balance avec le devoir, et que c'est une perversité de lui donner la préférence. En général, Dieu et In con- science nous demandent très-rarement ces doulou- reux sacrifices; et la plupart du temps, la vertu

��i

�� �