Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


individu ; mais celles du devoir ne le sont pas; et s’il est une science qui puisse être précise, c’est la morale. Platon, tout admirateur qu’il était des mathématiques, ne les a jamais préférées ; et Descartes, quelque grand mathématicien qu’il fût, n’a pas hésité à dire que ses démonstrations morales surpassaient en certitude et en évidence les démonstrations de sa géométrie 1. Aristote ne parle pas de la morale avec cette haute conviction ; et il transporte dans la science quelque peu de ce scepticisme dont l’opinion vulgaire est entachée. Mais les lois de la morale sont tellement certaines que l’homme très-souvent leur immole sa vie; et il n’y a point d’autre science, ce semble, qui puisse se glorifier d’une autorité pareille.

C’est une faute qu’il faut fuir avec soin, d’attacher à l’opinion commune une importance trop grande. Elle n’a point à décider en philosophie, quoique la philosophie ne la dédaigne ni ne la néglige. Ce n’est point à elle qu’il faut demander quel est le but suprême de la vie. Mais Aristote voit que la plupart des hommes recherchent le bonheur, et il en con-

(1) Descartes, Dédicace des méditations, p. 220, édition de M. V. Cousin.