Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ce PRÉFACE.

compte? Le passer sous silence, ce n'est pas le sup- primer ; et le philosophe a beau faire : si l'existence de Dieu est un postulat de la raison, quand elle veut épuiser ses concepts, le culte que lui rendent le cœur et la raison de l'homme, est un postulat bien autre- ment impérieux ; et c'est une doctrine à la fois bien aveugle et bien sèche que celle qui prétend nier ou supprimer ces nobles besoins.

On pourrait croire que ces théories de Kant sont provoquées par une légitime déférence pour la religion dans laquelle il vit, et qu'il craint d'empiéter sur des droits qu'il regarde comme une des garanties de l'ordre social. Mais il ne cède pas à des ménagements de ce genre. Le Christianisme, il l'interprète à sa guise ; et il a donné, un des premiers, l'exemple de ces audacieuses explications que d'autres ont pous- sées sur ses traces bien plus loin que lui. 11 entend si peu nier la juridiction de la pliilosophie sur ces matières, qu'il l'a constatée par plusieurs ouvrages ; et il ne les a pas regardés sans doute comme les moins utiles qu'il ait faits. Mais il refuse à la morale toute cette partie de la théodicée qui concerne les devoirs de l'homme envers Dieu ; et il nous laisse, en face du Créateur, à peu près aussi indifférents que si nous ne lui devions aucune gratitude ni aucun hom-

�� �