Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/340

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cccwxii DISSERTATION

d'autres points, aura été laissée imparfaite sur les théories des trois livres communs, et que, plus tard, on aura em- prunté à l'œuvre magistrale de quoi combler ces lacunes tant bien que mal. Je ne crois pas qu'Aristote se soit repris à deux fois pour donner à sa morale la forme con- venable. Mais il me semble facile de croire qu'un élève n'aura pas reproduit toute la parole du maître.

J'avoue de plus que prêter à Eudème l'intention d'op- poser la religion et l'autorité divine à la raison humaine, jne semble un assez fort anachronisme. Ce n'est pas du temps d'Aristote que ces questions étaient nées, et il faut descendre bien des siècles plus bas pour les découvrir. Si elles étaient évidemment dans la Morale à Eudème, il faudrait pousser l'hypothèse beaucoup plus loin ; et c'est une main chrétienne qu'il faudrait y reconnaître. Ce serait là une conséquence à peu près incontestable. Per- sonne sans doute ne l'a voulu tirer ; et tout en dédai- gnant les témoignages antiques, ils sont trop formels pour qu'on puisse supposer que la composition de la Morale à Eudème ne soit pas antérieure au second siècle de notre ère. Mais cette difficulté heureusement n'existe pas, et c'est une simple hypothèse qui la provoque. 11 n'est pas exact de dire qu' Eudème combatte au profit des idées religieuses l'autorité de la raison, telle qu'Aristote la comprend. Quelle que soit la science attentive de M. Fischer, il s'est abusé sur ce point. Il est bien vrai que la Morale à Eudème a un caractère un peu plus religieux que la jMorale à Nicomaque, où cependant plus d'un pas- sage atteste une sérieuse et solide piété. Mais aller jusqu'à prétendre qu' Eudème a voulu sur ce point essentiel recti- fier les théories trop indépendantes de son maître, c'est

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