Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/40

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


justices humaines, qu’il s’agit de juger. Ou il faut nier la loi morale, la liberté de l’homme et sa responsabilité, ou il faut admettre, comme conséquence inévitable, une autre vie à la suite de celle-ci, où Dieu saura distribuer les récompenses et les peines. Ce qu’elles seront, c’est lui seul qui en a l’inviolable secret, Mais la science morale ne dépasse pas ses justes bornes en affirmant que cette justice définitive est indispensable, et que la vie de l’homme ici-bas ne peut se comprendre sans ce complément qui doit la suivre.

Ce n’est pas, comme on l’a dit, et Kant en particulier, qu’il y ait en ce monde un désaccord inique entre la vertu et le bonheur. Ce monde, tel qu’il est fait, est en général assez équitable ; et il est à présumer que c’est la faiblesse de l’homme plutôt que sa raison qui en murmure. Il n’y a donc point à rétablir un équilibre qui n’est pas rompu, comme on se plaît à le répéter ; et il ne faut pas que la vertu, si elle veut rester pure, pense trop à un salaire dont la préoccupation suffirait à la flétrir. D’ailleurs, en observant bien ce monde, il est facile de voir que le bonheur y dépend presque entièrement de nous ; il est le plus souvent le résultat de notre conduite, et il manque bien rarement à qui sait le chercher là où il