Page:Aristote - La Morale d’Aristote, Ladrange, 1856.djvu/516

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livrer à sa colère est à la portée de tout le monde, et c’est chose facile, tout aussi bien que de répandre de l’argent et de faire de la dépense. Mais savoir à qui il convient de le donner, dans quelle mesure, dans quel moment, pour quelle cause, de quelle façon, c’est là un mérite qui n’appartient pas à tout le monde, et qu’il n’est pas facile d’avoir. Et voilà pourquoi le bien est tout à la fois une chose rare, louable et belle. § 3. Le premier soin de celui qui veut atteindre ce sage milieu, c’est de s’éloigner du vice qui est le plus contraire; et l’on peut appliquer ici le conseil de Calypso :

« Bien loin de ces écueils et de cette fumée,
» Dirige ton vaisseau »

Car des deux extrêmes l’un est toujours plus coupable, et l’autre l’est un peu moins. § h. Comme il est fort difficile de trouver ce désirable milieu, il faut, ainsi qu’on dit, changer de manœuvre, et parmi les maux prendre le moindre. Le vrai moyen d’y réussir sera la manière que nous avons indiquée. Ainsi, nous devrons nous bien rendre compte des penchants qui sont les plus naturels en nous ; car la nature nous en donne de très-divers ; et ce qui nous le fera facilement reconnaître, ce seront les

S 3. Le conseil de Calypso. Les commentateurs ont remarqué qu’A- ristote se trompait ici en attribuant à Calypso.ce qu’Homère dit de Circé. II cite sans doute ces vers de mémoire, et son souvenir n’est pas exact. Voir l’Odyssée, chant XII, v. 219. Ce sont d’ailleurs les ordres qu’Ulysse adresse à son pilote d’après les conseils de la déesse.

§ 4. Comme on dit. C’est une locution proverbiale dont se sert Aristole. Voir la même expression prise en un sens un peu différenl dans la Politique, livre III, cb, 8, § 6, page 290, de ma traduction, 2* édi-