Page:Armaingaud - La Boétie, Montaigne et le Contr’un - Réponse à R. Dezeimeris.djvu/15

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du Moyen-Âge ; Henri Martin dit même « le plus magnifique tournoi qu’il y ait jamais eu »[1].

« Les fêtes de Saint-Denis, dit Michelet, d’après les Chroniques, eurent lieu avec une magnificence extraordinaire et un concours de monde incroyable, toute la noblesse de France, d’Allemagne était invitée[2]. Le roi y figure brillamment et remporte le prix. Pourquoi M. Dezeimeris passe-t-il sous silence ce tournoi, plus célèbre que celui de Saint-Pol ? C’est qu’il en ignore jusqu’à l’existence. Ce tournoi, cependant, est non seulement mentionné, mais décrit avec un soin particulier par les historiens de l’époque et par les historiens modernes. Je crains que, parmi les chroniqueurs, M. Dezeimeris n’ait lu que Froissart, lequel ne parle pas de cette fête militaire. Lire Froissart, tout en jetant un coup d’œil distrait sur une page de Juvénal des Ursins, c’est insuffisant, quand on s’est aventuré à soutenir sur la personnalité de Charles VI une thèse aussi nouvelle que celle de M. Dezeimeris. Je crains encore qu’il ait mal lu même Froissart, car il n’a pas vu que celui-ci explique que dans les premiers mois de 1389 il était absent de Paris et accompagnait le duc de Berry aux fêtes de son mariage avec la fille du comte de Boulogne[3]. Induit en erreur par cette lacune de plusieurs mois, M. Dezeimeris a confondu en un seul deux tournois : celui de Saint-Denis qui eut lied au mois de mai, et celui de Saint-Pol qui eut lieu au mois d’août[4].

Comment s’y prend-il pour soutenir qu’au tournoi de Saint-Pol, Charles VI, auquel les dames décernèrent un des prix, se

  1. Henri Martin, Histoire de France, t. V, p. 124.
  2. Voir la description de ce tournoi dans la Chronique du religieux de Saint-Denis, t. I, p. 589 et suiv., et dans Juvénal des Ursins.
  3. Froissart, Chronique, éd. du Panthéon littéraire, t. Il, p. 759-61, et t. III, p. 1, 2, 3.
  4. Ce qui s’explique moins, c’est que M. Dezeimeris, qui cite, pour ce tournoi de Saint-Pol, Juvénal des Ursins (p. 367, édition du Panthéon littéraire), n'ait pas vu que dans cette même page le chroniqueur donne aussi une description du tournoi de Saint-Denis. Bien plus, l’inadvertance de mon critique est telle, qu’il cite (p. 19 de son Mémoire, en note) une remarque importante de Juvénal, dans cette page 367, comme se rapportant au tournoi de Saint-Pol, alors que c’est encore de celui de Saint-Denis que parle le chroniqueur ; et que, de plus, ce passage sur le tournoi de Saint-Denis est cité par M. Dezeimeris en faveur de la thèse qu’il soutient sur le caractère du tournoi de Saint-Pol. Voici cette remarque de Juvénal : « Et estoit commune renommée que des dites joutes (de Saint-Denis) étoient provenues des choses déshonnestes en matière d’amourettes, et dont, depuis, beaucoup de maux sont venus. » Et, dit un chroniqueur, que de ces dites joutes « Lubrica facta sunt ».