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PENSÉE FRANÇAISE

Vous n’avez donc pas de bibliothèque ? Vous regardez donc comme négligeable d’éveiller par la lecture la curiosité intellectuelle ? Trois quarts d’heure de bonne lecture par jour donneraient à vos élèves le goût des études générales, les prépareraient peut-être à devenir des hommes d’affaires cultivés, leur feraient comprendre qu’il y a dans la vie d’autres récréations que les courses de chevaux, le « vaudeville » américain — qui n’est pas du vaudeville — ou le cinéma ; les amèneraient peut-être au point de soupçonner quelques-unes des manifestations les plus hautes de la vie française. » À quoi l’on répond péremptoirement : « Ceux de nos élèves que la lecture intéresse peuvent lire le dimanche ou les jours de congé.

Est-il besoin de le dire ? Ces deux caractéristiques de notre enseignement commercial et de notre fameux enseignement secondaire moderne — d’une part indifférence absolue à la culture générale de l’esprit, et d’autre part engouement pour des procédés d’enseignement qui en définitive, et si fort qu’ils en imposent à l’aristocratie de l’analphabétisme, ne profitent pas plus à l’anglais qu’au français, — ont profondément influé sur l’état intellectuel de nos classes commerciales. Non seulement on ne sait pas le français (ni d’ailleurs l’anglais), mais on n’aura jamais l’idée ni le goût de l’apprendre. À quoi bon, puisqu’on est dans les affaires, et qu’il est convenu, réglé, décrété, que la seule langue des affaires est l’anglais ? Un Anglais d’Ontario qui revient d’une mission commerciale importante faisait dernièrement connaître à ses concitoyens qu’en certains pays européens le français est essentiel aux tractations commerciales. Le brave homme a évidemment fait là une découverte. Que dirait-il si on lui révélait qu’en dehors des États-Unis et de l’empire britannique la langue du commerce est presque partout le français ?