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PENSÉE FRANÇAISE

conserver à trois millions de Canadiens le droit de parler le français, que d’enseigner la langue et la littérature française à une cinquantaine de jeunes gentlemen et de jeunes misses qui aimeront ensuite la France par-dessus nos têtes, avec un beau mépris pour les pea-soups d’Ontario. Dans le particulier, le plus charmant homme au monde. Mais le type parfait du catholique libéral français. Au Palais-Bourbon, il siégerait avec Bonnevay et Marc Sangnier et voterait de temps à autre avec les communistes. Il a si bon cœur ! Son article de la Revue moderne était l’acte d’énergie d’un homme sans volonté. C’est des hommes de cette espèce que Léon Daudet a dit qu’ils jetteraient leurs amis aux cannibales pour prouver leur largeur d’esprit. Avec cela, pas pour un sou de sens critique. À prendre tous les jours son café avec M. Leacock, il s’est convaincu que celui-ci est le plus grand humoriste et le plus grand psychologue contemporain et un des écrivains les plus remarquables de tous les temps. Il a retenu comme la fleur de la sagesse politique quelques apophtegmes de politicien opportuniste, recueillis sur les lèvres de M. Laurier dans une entrevue où celui-ci daigna lui confier sa pensée, après y avoir, comme de raison, fait communier les grands esprits du « Club libéral de la partie Est. » Tout oppressé du poids de ce trésor, il ne s’est pas encore aperçu que sur la fin de sa carrière M. Laurier, renonçant de plus en plus aux balançoires de Bonn Aunntannt, se rangeait dans le même groupe parlementaire que Lantagnac. Notre question nationale le dépasse et l’ahurit. Ce n’est pas sa faute. Regrettons seulement qu’il n’ait pas senti la nécessité — voire la simple convenance — de se tenir à l’écart de débats où il n’entend goutte et dans lesquels rien ni personne ne l’avait mis en cause. Regrettons encore davantage — mais surtout pour lui — que, se faisant l’instrument d’une coterie contre un de ses collègues de l’enseignement supérieur, il se soit introduit dans nos