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pourquoi on aime la france

tenu d’admettre que la fiche a du bon. (Vous comprenez tout de suite que nous restons dans le domaine scientifique.) L’erreur, c’est de croire qu’elle constitue, à elle seule, une culture. C’est aussi d’en faire une trouvaille allemande et d’y voir l’instrument de rénovation de l’esprit français parce que la pensée française, se distrayant dans la musique d’Offenbach, si l’on peut ainsi dire, avait, dans certains domaines, notamment l’histoire et la philosophie, dérogé un instant à ses traditions de labeur et de probité. Ce qui est en propre à l’Allemagne, c’est le subjectivisme de Kant et les géniales divagations d’un Nietzsche. Or, la France connaît Kant et Nietzsche, car la France, contrairement à la lourde calomnie allemande, connaît beaucoup de choses ; mais elle croit encore, Dieu merci, aux vérités objectives ; et c’est ce qui fait qu’en face de l’Allemagne, devenue par sa conception subjective, partant intéressée, des choses, champion de la force brutale, s’est dressée la France, champion éternel du droit.

Vous avez, dans le cours de votre histoire, rendu au monde d’éclatants services. Hier encore, vous le sauviez de la barbarie en arrêtant sur l’Aisne et devant Verdun les forces de destruction et de rapine du nouvel Attila. Mais ce qui vous vaudra surtout la reconnaissance de l’humanité, c’est de lui avoir fait comprendre, en le révélant peut-être à un certain nombre de vos propres compatriotes, que si le subjectivisme, surhumaniste ou autre, peut engendrer de belle musique et produire des brutes incomparables, le chemin le plus sûr vers la vérité morale est encore le respect d’une certaine discipline intellectuelle.

Grâce surtout à l’habileté et à l’impudence de sa réclame, l’Allemagne a exercé pendant cinquante ans sur la pensée du monde une influence excessive. La France, après la guerre, reprendra la suprématie intellectuelle, et cette fois son hégémonie — nous frissonnons d’orgueil à cette seule pensée — couvrira toute la terre ; n’en seront exclus que les peuples maudits qui dans la guerre actuelle auront avec l’Allemagne levé la main