Page:Aubert de Gaspé - L'influence d'un livre, 1837.djvu/39

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nous, bien entendu ; en un mot, elle achevait sa toilette. Tu ferais mieux de ne pas y aller Marguerite, avait dit le père comme je franchissais le seuil de la porte. Il s’arrêta tout court, en me voyant et, me présentant un siège, il me dit, avec politesse — Donnez-vous la peine de vous asseoir, Monsieur, ; vous paraissez fatigué ; notre femme rince un verre ; Monsieur prendra un coup, ça le délassera.

Les habitans n’étaient pas aussi cossus dans ce temps-là qu’ils le sont aujourd’hui ; oh ! non. La bonne femme prit un petit verre sans pied, qui servait à deux fins, savoir : à boucher la bouteille et ensuite à abreuver le monde ; puis, le passant deux à trois fois dans le seau à boire suspendu à un crochet de bois derrière la porte, le bonhomme me le présenta encore tout brillant des perles de l’ancienne liqueur, que l’eau n’avait pas entièrement détachée, et me dit : Prenez, Monsieur, c’est de la franche Eau-de-vie, et de la vergeuse ; on n’en boit guère de semblable depuis que l’anglais a pris le pays.

Pendant que le bonhomme me faisait des politesses, la jeune fille ajustait une fontange autour de sa coiffe de mousseline en se mirant dans le même seau qui avait servi à rincer mon verre ; car les miroirs n’étaient pas communs alors chez les habitants. Sa mère la regardait, en-dessous avec complaisance, tandis que le bonhomme paraissait peu content. — Encore une fois, dit-il, en se relevant de devant la porte