Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/154

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XI


Notre dimanche bleu a été notre dernier jour de fête. Chaque samedi maintenant ramène Valère ivre et les dimanches se passent pour lui à dormir jusqu’au soir, et pour moi à m’ennuyer au logis.

J’ai toujours eu une grande répugnance pour les hommes ivres. Lorsque j’étais enfant, ils m’apparaissaient comme des bêtes malpropres et malfaisantes, je les fuyais avec une terreur qui faisait rire autour de moi. Valère qui sait cela, s’applique à dissimuler son ivresse, il m’affirme que son état est causé par la fatigue d’une comptabilité difficile qui le retient tard au magasin chaque fin de semaine.

Je ne le contredis pas, j’évite seulement de le regarder.

Aujourd’hui, c’est encore dimanche, et ce matin, au petit jour, Valère est rentré tellement ivre qu’il a manqué la porte et trébuché sur le seuil. Cependant il s’est redressé avant que ses genoux n’eussent touché terre et il a refusé la main que je lui tendais. Et, le corps droit, le regard fixe et les