Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/176

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Comme un enfant obéissant, il lève les yeux et me regarde au visage.

Oh ! le regard de bête traquée de cet homme !

Où sont les yeux que j’aime ?

Ma colère s’enfuit. Et de toute ma tendresse et de tout mon espoir j’affirme :

— Je n’ai pas menti. Je vais être mère. Je viens encore de sentir battre le cœur de notre enfant. Firmin le sait, il te le dira…

Valère m’arrête d’un geste suppliant :

— Ne mêle pas Firmin à ce mensonge.

Son grand corps se plie, et ses traits se tirent infiniment tandis qu’il ajoute :

— J’ai mérité que tu te venges de moi en cherchant un autre amour, mais, inventer une grossesse, comme Bambou ! Oh ! Annette, comment peux-tu être devenue aussi menteuse !

Je n’ai plus la force de me défendre. Il me vient seulement un grand désir de mourir. Comme à un appel pressant, trois moyens se présentent ensemble à mon esprit : la fenêtre de la tour avec ses pierres pointues, le cactus aux pierres brûlantes et sa haineuse vipère. Je veux aller vers les trois d’un seul élan, et comme je dégage la porte, Valère l’ouvre et la referme sur lui.

Je ne sais alors ce qui se passe ; la pièce me paraît pleine de brouillard et il se fait autour de moi un bruit singulier. On dirait une grande quantité de choses brisées qui s’entrechoquent. Ma tête est lourde et ma faiblesse m’oblige à tendre les mains vers la table, sur laquelle je me courbe, et m’appuie de tout mon poids. Puis le brouillard se dissipe, le bruit de choses cassées s’éloigne, et je me