Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/74

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Pour Angèle tout va changer. Elle s’est fiancée sans avertir ni consulter personne, et son mariage doit avoir lieu le mois prochain, tout de suite après Pâques.

Tante Rude crie bien haut que c’est folie de se marier si jeune, et s’il ne tenait qu’à elle les fiancés seraient bien forcés d’attendre. Il est vrai qu’Angèle n’a pas encore dix-huit ans, mais à voir son corps bien tourné, sa tenue modeste et son air sérieux, il ne semble pas qu’elle soit trop jeune pour entrer en ménage. Elle épouse un garçon du pays qui a comme elle l’air sérieux et qui aime aussi la prière et l’église. Tous deux ont hâte de s’unir, et, au contraire de tante Rude, oncle meunier leur donne raison et fait pour eux toutes les démarches capables de leur éviter un retard.

Pour mon compte, ce mariage m’étonne grandement. Angèle m’a toujours paru fermée à toute tendresse, et j’étais persuadée que sa piété lui tenait lieu de tout. À ma question sur l’amour qu’elle porte à son fiancé elle a répondu : « Lorsqu’il est là, je ne désire plus rien ».

Dans mon étonnement, il y aussi le souvenir de la dispute entre nos parents. Angèle a-t-elle donc oublié cet affreux moment qui me laisse à moi la terreur du mariage. Je n’ose le lui demander car, ainsi qu’elle a gardé le secret de ses fiançailles, je garde, moi, le secret de cette terreur qui va en augmentant.

Tante Rude dit que je trouverai difficilement à me marier parce que je suis boiteuse. Tant mieux ! Cela me donne une sécurité. Autrement, je suis bien décidée à ne pas me laisser approcher par un